DÉFICIT COMMERCIAL : LA FRANCE ACHÈTE SON DÉCLIN ET NOS DIRIGEANTS COMMENTENT LA FACTURE
/image%2F0404847%2F20261013%2Fob_9d8d4e_importations.jpg)
62,7 milliards d’euros de déficit commercial sur douze mois. Et toujours cette même mise en scène : des annonces, des plans, des discours sur la souveraineté. Pendant ce temps, nous achetons à l’étranger ce que notre économie ne produit plus suffisamment.
Il y a des chiffres qui devraient interrompre les éléments de langage.
À la fin du mois d’août 2026, le déficit commercial français des marchandises atteint 62,7 milliards d’euros sur douze mois. Pour le seul mois d’août, les importations dépassent les exportations de 6,1 milliards d’euros. Voilà le résultat concret publié par les Douanes le 7 octobre (douane.gouv.fr).
Ce déficit n’est pas celui du budget de l’État. Mais il pose une question tout aussi politique : comment prétendre défendre notre puissance économique quand nous acceptons durablement un tel déséquilibre dans les marchandises ?
À quel moment les responsables publics devront-ils répondre des résultats, au lieu de simplement présenter le prochain plan censé corriger les échecs du précédent ?
La souveraineté se proclame au pupitre. Elle se construit dans les ateliers.
Et c’est précisément là que le discours doit passer son examen.
Même les « bonnes nouvelles » méritent un examen
En août, le déficit s’améliore de 500 millions d’euros.
On pourrait applaudir. À condition de ne pas lire la suite.
Les importations ont reculé de 900 millions d’euros. Les exportations ont baissé de 400 millions d’euros. L’amélioration vient donc d’une diminution des achats supérieure à celle des ventes, et non d’une progression de nos exportations (douane.gouv.fr).
Ce mouvement mensuel ne suffit pas à diagnostiquer toute l’économie. Mais il suffit à dégonfler une présentation trop triomphante.
Acheter moins peut améliorer un solde. Cela ne prouve pas que nous avons retrouvé notre capacité à conquérir des marchés.
Une reconquête industrielle devrait se mesurer à ce que nous produisons et vendons davantage, pas seulement à ce que nous achetons moins.
Il serait temps d’exiger cette précision de ceux qui transforment chaque variation favorable en certificat de bonne gestion.
L’énergie n’explique pas tout
L’énergie constitue une contrainte réelle. Nous ne disposons pas de toutes les ressources nécessaires à notre consommation. Personne de sérieux ne peut l’ignorer.
Mais elle ne peut pas servir d’alibi universel.
En 2025, hors énergie et matériel militaire, le déficit commercial s’est dégradé de 3,1 milliards d’euros pour atteindre 46,4 milliards d’euros. L’amélioration du déficit global reposait largement sur l’allègement de la facture énergétique, tandis que le solde du matériel militaire progressait également (tresor.economie.gouv.fr).
Voilà ce qui devrait inquiéter : un chiffre d’ensemble peut s’améliorer alors qu’une grande partie des échanges continue de se détériorer.
Le prix du pétrole peut nous offrir un répit. Il ne reconstruit pas une filière. Il ne forme pas un technicien. Il ne remplace pas un investissement productif.
Confondre ce répit avec une victoire politique serait une imposture.
Qui assume la responsabilité ?
La situation actuelle ne s’est pas fabriquée en un mandat. Elle engage plusieurs décennies de décisions publiques et privées.
Cela n’exonère personne.
Les gouvernements doivent répondre de la cohérence de leurs politiques. Les grands groupes doivent répondre de leurs choix industriels. Les actionnaires doivent répondre de leurs arbitrages entre rendement immédiat et capacité productive durable.
Et les responsables en place doivent répondre de ce qu’ils changent réellement.
L’ancienneté d’un problème ne donne aucun droit à l’inaction.
On ne peut pas invoquer la souveraineté économique tout en laissant les entreprises naviguer dans l’incertitude des règles, des coûts et des priorités publiques. On ne peut pas réclamer des investissements sur vingt ans avec une visibilité politique à six mois.
L’entreprise qui construit une usine engage du capital, du temps et des emplois. Le ministre qui annonce un plan engage d’abord des mots.
La différence devrait imposer un peu de modestie au second.
Les services nous soutiennent, mais ils ne nous dispensent pas de produire
Il faut regarder toute la réalité : en 2025, les services français ont dégagé un excédent de 55,5 milliards d’euros, notamment grâce au tourisme et aux services financiers. C’est une force considérable (tresor.economie.gouv.fr).
Il serait absurde de la mépriser.
Mais il serait tout aussi absurde d’utiliser cette réussite pour relativiser systématiquement les faiblesses de nos échanges de marchandises.
Nous avons besoin des deux : des services performants et une industrie capable de fournir les équipements, les composants et les produits dont dépend notre économie.
Le tourisme apporte des recettes. Une capacité de production apporte aussi des compétences, des fournisseurs et des possibilités d’action lorsque les chaînes internationales se tendent.
Ce sont des atouts complémentaires. Un gouvernement sérieux devrait chercher à les renforcer ensemble.
Assez de communication : des comptes
La réindustrialisation ne devrait plus être un décor de discours.
Elle devrait devenir une obligation de résultats vérifiables : capacités effectivement mises en service, investissements réalisés, fournisseurs implantés, compétences formées, exportations développées et valeur ajoutée créée en France.
Les aides publiques devraient être évaluées sur ces résultats. Les annonces devraient être suivies jusqu’à leur réalisation. Les échecs devraient être expliqués publiquement.
Et les entreprises devraient disposer de règles assez stables pour investir sans devoir parier sur la prochaine improvisation fiscale ou réglementaire.
Il n’existe pas de bouton magique pour supprimer le déficit commercial. Mais cette complexité ne justifie pas le confortable brouillard dans lequel on dilue les responsabilités.
Ce qui devient insupportable, c’est l’écart entre la gravité du problème et la facilité des discours.
La France conserve des entreprises, des compétences et des secteurs d’excellence. C’est précisément pour cela que la résignation est inacceptable.
Nous avons les moyens d’exiger mieux qu’une gestion des apparences.
La souveraineté aura un contenu le jour où nos dirigeants pourront montrer ce qui se fabrique davantage en France, au lieu de nous expliquer pourquoi le déficit est un peu moins mauvais.
/image%2F0404847%2F20261012%2Fob_64b0d0_ei-dvn-airbus-a320-214-aer-lingus-n.jpg)
/image%2F0404847%2F20261012%2Fob_c0158a_ei-dvn-airbus-a320-214-aer-lingus-n.jpg)
/image%2F0404847%2F20261012%2Fob_b92cf8_ei-000001-shanwick-radio.png)
/image%2F0404847%2F20261012%2Fob_32cad6_ei-dvn-airbus-a320-214-aer-lingus-n.jpg)
/image%2F0404847%2F20261007%2Fob_49002a_le-sauveur.jpg)
/image%2F0404847%2F20260928%2Fob_eb3847_icare-247.jpg)
/image%2F0404847%2F20260921%2Fob_eb2b9a_opinion.jpg)
/image%2F0404847%2F20260919%2Fob_8aaa60_f-marine-nationale-26-dassault-atl-2-a.jpg)
/image%2F0404847%2F20260919%2Fob_abef34_f-marine-nationale-cross-etel.png)
/image%2F0404847%2F20260919%2Fob_536ae5_f-marine-nationale-000137.jpg)
/image%2F0404847%2F20260913%2Fob_c7f2ae_bretagne.jpg)
/image%2F0404847%2F20260910%2Fob_e23bd2_zz-la-mer-104.jpg)
/image%2F0404847%2F20260904%2Fob_6ebc34_fga4073-le-gouverneur-cc911314-d-vhf-m.jpg)
/image%2F0404847%2F20260830%2Fob_74e8a2_zz-fjjx-maranello-sb933547.png)
/image%2F0404847%2F20260830%2Fob_fb0cce_zz-fjjx-dassault-falcon-50-surmar-n.jpg)