Le crash d’un avion de la compagnie luxembourgeoise CAE Aviation, lundi à Malte, provoque des remous, la France ayant caché la vérité sur l’identité des agents qui opéraient depuis l’île. Le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, a dû s’expliquer mardi devant son Parlement sur l’identité des passagers tués à bord de l’appareil de la compagnie luxembourgeoise CAE Aviation, qui s’est crashé lundi sur l’aéroport international de Malte, quelques secondes après le décollage. Dans les heures qui avaient suivi la catastrophe, Joseph Muscat avait annoncé que les victimes étaient des douaniers français, engagés dans la surveillance de trafiquants de migrants et de drogue en Méditerranée.

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Mais assez rapidement, les douanes françaises avaient démenti l’information, avant que le ministère français de la Défense reconnaisse que les trois passagers qui se trouvaient à bord de l’avion léger faisaient partie de son personnel, tandis que les pilotes étaient salariés par CAE Aviation. Il est depuis avéré que les trois passagers étaient des agents de la DGSE, les services secrets extérieurs français, qui effectuaient des missions d’espionnage au-dessus du territoire libyen, où Paris intervient clandestinement avec des forces spéciales.

Mardi, devant les députés de son pays, Joseph Muscat n’a pu répéter que ce qu’il avait déjà dit : selon les documents officiels remis par Paris aux autorités maltaises, il s’agissait de douaniers français opérant à partir de l’île méditerranéenne depuis cinq mois. Les autorités françaises, selon lui, ont donc présenté des faux documents afin de cacher la véritable identité de ces hommes et le but de leur mission, à savoir effectuer des survols de surveillance et d’écoute au-dessus de la Libye à bord d’un appareil bourré de systèmes électroniques hautement sophistiqués.

Joseph Muscat a précisé que son gouvernement avait demandé des explications à Paris qui n’a cependant pas encore daigné répondre. Il n’était pas hier possible de savoir si les deux pilotes de CAE Aviation, société travaillant très étroitement avec la DGSE, opéraient également sous de fausses identités ou en se faisant passer pour des douaniers français.

Par ailleurs, sur le site de l’hebdomadaire français Le Point, le journaliste Jean Guisnel, l’un des meilleurs connaisseurs du renseignement en France, affirmait hier que les deux pilotes employés par CAE Aviation étaient d’anciens agents de la DGSE. Il s’agirait selon lui, «de jeunes retraités du Groupe aérien mixte 56 (GAM56), basé à Évreux».

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Dans le même article, intitulé La DGSE perd cinq hommes, il précise : «Le GAM 56 est l’unité aérienne de la DGSE, appartenant au service Action. Il est courant dans ces activités de renseignement « privé » que des membres du personnel soient recrutés au sein même des services spéciaux. Ils ont de ce fait toute la confiance de l’État français pour la conduite de missions secrètes, tout en étant salariés par une compagnie privée, étrangère de surcroît.» Pour sa part, le Times of Malta relevait hier que contrairement aux usages en cours après une catastrophe aérienne, les autorités de La Valette refusent de communiquer l’identité des victimes du crash. La tradition militaire française veut que les noms de ses agents secrets tués en mission ne soient jamais divulgués.